Les organisations, tant dans le secteur privé que le secteur public ou même le non-marchand ont été confrontées à des bouleversements importants depuis le début de ce siècle du fait de l’arrivée du Web 2.0 et des médias sociaux. De nombreux auteurs considèrent que ce changement est aussi important pour l’évolution de notre société que l’arrivée de l’imprimerie. Le management change, les façons de travailler aussi et il est beaucoup question du concept de New Way Of Working (NWOW) qui comprend la combinaison notamment du télétravail, de la gestion par objectif, des bureaux flottants, du Bring Your Own Device (qui permet aux collaborateurs de se connecter aux données de l’entreprise avec leurs propres PC, tablettes ou smarphones), du BYOA (les travailleurs choisissent l’application qui leur convient parmi celles proposées sur Internet), et aussi des réseaux sociaux internes.

 

Aujourd’hui, en entreprise, chacun choisit pour travailler, au sein ou en dehors de l’entreprise les moyens les plus efficaces et les plus simples. Pour partager des documents avec des collègues ou des tiers, utilisons Dropbox. Pour travailler ensemble sur un document, faisons-le en utilisant Google Docs. Pour gérer des projets communs, utilisons Asana ou Evernote. Et pour collaborer au sein d’un groupe de projet, pourquoi ne pas utiliser un réseau social interne ? Si la facilité d’accès a toujours été un des facteurs principaux des médias sociaux, leur arrivée au sein des entreprises fut elle aussi assez facile. Les réseaux sociaux internes permettent d’identifier facilement les liens potentiels avec des collègues qui pourraient être utiles, transformant donc les médias sociaux en un univers de potentialités de contacts qui pourront être activés en cas de nécessité.

 

Ces outils viennent néanmoins bousculer l’ordre établi, générant incertitudes et remises en cause des pratiques existantes dans le monde de l’entreprise. Avant l’arrivée des réseaux sociaux internes, les informations, la communication étaient l’apanage de la hiérarchie, des départements communication. Aujourd’hui tout un chacun, au sein des réseaux peut proposer une information, répondre à une question même si elle concerne un autre département. Ces comportements remettent en cause la communication institutionnelle et le rôle de la hiérarchie. Comment s’étonner donc de la résistance au changement à laquelle se confronte l’arrivée des réseaux sociaux internes et en particulier de la part des responsables informatiques.

 

Si à la fin du siècle dernier, l’informaticien était roi au sein de l’entreprise, en étant responsable des choix tant des logiciels que des matériels, force est de constater que son rôle tend à décroître dramatiquement. Le choix du matériel, du hardware, lui échappe. En effet, sa responsabilité et son rôle se réduisent face à l’arrivée au sein des entreprises du phénomène BYOD. Les collaborateurs en entreprise utilisent désormais l’outil qu’ils ont choisi, qu’il s’agisse d’ordinateurs portables, de tablettes ou de Smartphones. Le stockage des informations n’est plus complètement sous le contrôle du département informatique. En effet, les solutions de stockage des informations dans le Cloud se développent de façon importante, qu’il s’agisse des outils proposés par Google, des plateformes de développement, des outils de partage de documents et bien sur des réseaux sociaux internes. Et enfin, le choix des applications lui échappe. Les collaborateurs se tournent tout naturellement vers la solution la plus efficace. Et il est évident que des solutions développées pour des millions de clients au niveau mondial tels Dropbox, Yammer ou Google Drive ont une souplesse d’utilisation sans comparaison avec des solutions qui seraient développées en interne sans compter que la majorité de ces solutions sont gratuites.

 

Face à ces pertes de pouvoir, l’informatique réagit parfois en tentant de reprendre un certain contrôle et notamment sur les réseaux sociaux et le partage d’informations en interne. Parfois les informaticiens tentent de bloquer le développement d‘un réseau social ouvert et simple pour le remplacer par un réseau social plus complexe et au sein duquel leur autorisation est nécessaire pour développer des fonctionnalités.

 

Mais cette tentative de contrôle sera leur chant du cygne. Aujourd’hui, les collaborateurs au sein des organisations veulent des outils simples d’utilisation, comme le sont Facebook pour leurs communication privées ou comme Dropbox et Google Drive pour leurs travaux professionnels, ou comme Yammer pour leur réseau social interne.

 

En 2015, la communication et la hiérarchie sont donc profondément bouleversées par l’arrivée des réseaux sociaux. La communication top-down des organisations du siècle dernier est amenée à ne plus être qu’une parmi des formes de communication au sein des organisations. Et au delà du changement de paradigme communicationnel, se dessine également un changement fondamental du fonctionnement des organisations, notamment par la remise en cause du rôle du département informatique qui a définitivement perdu son rôle de prescripteur pour le fonctionnement courant des organisations. Un nouveau défi s’impose à lui et aux organisations : la sécurité de l’information ! Mais cette compétence n’est plus une compétence exclusive de l’informatique, mais nécessite de nouvelles formes de collaboration avec les autres départements de l’entreprise.

 

Et ces changements de structure n’en sont encore qu’à leurs balbutiements. Rappelons nous que tout a commencé il y a moins de 10 ans. Nous sommes dans un univers de changements permanents, rapides, structurels et la formation permanente prend un rôle essentiel pour continuer à évoluer au sein des nouvelles façons de travailler qui n’ont pas fini d’évoluer.

 

 

Jacques Folon exerce, comme Partner chez Edge Consulting, une activité de conseil aux entreprises essentiellement consacrée aux conséquences de l’arrivée des nouvelles technologies dans les organisations tant publiques que privées.
Il est régulièrement sollicité comme expert par la Commission européenne, plusieurs ministères et institutions publiques belges.
M. Folon est également professeur à l’Ichec Brussels Management School,  maître de conférences à l’Université de Liège et intervient chaque année comme professeur invité dans plusieurs institutions universitaires en Belgique, en France et en Afrique. Il est régulièrement invité comme conférencier tant en Belgique qu’à l’étranger pour faire partager sa vision du monde en mutation face aux nouvelles technologies. Il animera prochainement pour IFE Benelux la conférence « Les nouvelles façons de travailler » qui aura lieu le 17 novembre à Bruxelles.

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