1. Le burn out et le rôle de l’employeur

Si le burn out est un mal de notre société très médiatisé au cours de ces dernières années, la réalité des individus qui y sont confrontés reste souvent cachée ou teintée de honte, les amenant à s’isoler de plus en plus. La confrontation au diagnostic de burn out incite très souvent à vouloir agir, à en faire plus encore, pour « faire face », en réaction au sentiment d’inefficacité grandissant. Or, prendre le temps de ralentir, changer de rythme et accepter de respecter les étapes du processus de reconstruction est primordial. Ce moment de retour sur soi invite à rencontrer  une part de soi souvent oubliée, négligée, évitée, voire maltraitée.

Dans ce processus, l’employeur (privé ou public) a un rôle fondamental à jouer puisqu’il est le responsable final du bien-être au travail, en ce compris pour les aspects psychosociaux du travail. Il a notamment le devoir de prévenir les situations qui peuvent mener au stress et au burn out au travail et de réaliser l’analyse des risques portant sur les risques psychosociaux au travail avec la participation des travailleurs. Lorsque le burn out se manifeste néanmoins, le travailleur peut introduire une demande d’intervention auprès du conseiller en prévention aspects psychosociaux (CPAP), en suivant la procédure prévue au règlement de travail. Il est également possible que le travailleur soit examiné par le médecin du travail et que celui-ci recommande à l’employeur, dans un premier temps, d’écarter la personne de son milieu de travail. En toute hypothèse, il incombe à l’employeur de bien préparer le retour au travail, en suivant les recommandations du médecin du travail et l’avis du CPAP (s’il est saisi d’une demande d’intervention). La reprise du travail devra être progressive et s’accompagner d’une communication adéquate à son égard ainsi qu’à l’égard des collègues qui ont dû subir son absence et se répartir le travail. L’employeur doit, enfin, identifier les causes du burn out afin d’éviter que celui-ci ne frappe d’autres travailleurs de l’entreprise. Ceci pourrait d’ailleurs être le cas en raison de l’absence du travailleur, qui entraîne le report de la charge de travail sur ses collègues. Les aspects collectifs du burn out prennent ici une place particulière et doivent amener l’employeur, le cas échéant, à revoir l’organisation du travail (1).

  1. Comment repérer le burn out ?

Trop souvent galvaudé ou utilisé à mauvais escient pour exprimer un «  ras-le-bol » de son travail, de ses collègues ou de son patron, le « vrai » burn out est objectivable  par une série de symptômes. Il importe de le diagnostiquer le plus tôt possible afin de permettre à la personne concernée de remonter la pente plus facilement et d’éviter que ses collègues n’en soient frappés à leur tour.

Le burn out ne s’installe pas du jour au lendemain et met parfois plusieurs années à s’immiscer, sans qu’on le voie venir, à l’image d’un court-circuit qui se prépare insidieusement : « Il se développe suite à un désajustement prolongé entre un organisme et un environnement et se traduit par un état de déséquilibre psychique, émotionnel, physiologique pouvant entraîner une situation de rupture professionnelle ou personnelle et avoir des effets délétères sur la santé. » (2)

Pour L.Oddou, le burn out découle de « la rencontre passionnée ou passionnelle entre un candidat de talent, prédisposé, et un projet qui inspire le dépassement. » (3)

Cette approche met bien en évidence le profil du candidat au burn out, à savoir, un individu perfectionniste, motivé, responsable, loyal et investi dans son travail, raison pour laquelle il lui est souvent difficile de décrocher.

Le burn out est un syndrome à 3 dimensions:

  • Un épuisement professionnel caractérisé par une fatigue intense, des angoisses, des crises de larmes ou de colère…
  • Du cynisme ou de la dépersonnalisation (insensibilité et réactions impersonnelles à l’égard des usagers, détachement, humour grinçant…)
  • La diminution de l’accomplissement personnel (perte du sentiment de compétences et de reconnaissance de l’effort accompli dans le travail, perte de confiance en soi, frustrations, culpabilité, perte de sens…) (4)

 Pour établir un diagnostic de burn out, ces 3 dimensions mesurables par le questionnaire de C. Maslash doivent être présentes (5). Le burn out se distingue de la dépression. Là où le burn out interroge le sens du travail, la dépression vient questionner le sens de la vie d’une manière plus large et touche tous les domaines de la vie. La personne en burn out garde l’envie de faire des  choses en dehors du travail, sans que l’énergie soit présente pour les mener à bien, alors que la personne dépressive perd totalement le goût des choses.

  1. Comment s’en sortir ?

Un accompagnement pluridisciplinaire est indispensable (médical, psycho-éducatif, coaching, bilan de compétences…). On peut difficilement s’en sortir seul. Un travail sur soi est nécessaire pour identifier les facteurs ayant occasionné le burn out et pour changer sa manière de fonctionner. Le facteur temps contribue également à la guérison, chacun ayant son propre rythme dans ce processus de reconstruction. Ce chemin de résilience nécessite un véritable repositionnement dans les relations avec les autres et avec le monde extérieur. Il s’agit de comprendre que le besoin de reconnaissance, souvent au centre du burn out, ne sera que très rarement comblé par le travail, mais davantage par l’affirmation et la reconnaissance de ce que l’on est vraiment (6).

  1. L’après burn out : que mettre en place pour éviter la rechute ?

Sur le plan organisationnel, des aménagements temporaires doivent être envisagés dans le milieu de travail, en concertation avec le travailleur, et qui prendront en considération différents paramètres tels que la charge de travail, le type de fonction, le lien avec la hiérarchie, les collègues… La reprise à mi-temps thérapeutique peut être une bonne manière de remettre progressivement le pied à l’étrier. La reprise d’une formation peut être proposée afin d’actualiser ou de développer de nouvelles compétences.

–> Le travailleur fonctionnera différemment au retour d’un burn out, ce qui est parfois difficile à accepter par les collègues ou le manager.

 Suite à un premier épisode de burn out, il est conseillé d’être particulièrement attentif aux signes de réapparition du syndrome, tels que la reprise de pensées obsessionnelles sur le travail, une exacerbation du perfectionnisme ou encore des modifications du caractère. La personne va en effet garder une sensibilité accrue au stress et ce à long terme (7).

En conclusion

Le burn out nous montre une autre manière de concevoir l’existence, avec moins de stress, dans une « slow attitude », en portant davantage attention à soi-même et à ses relations aux autres, en nous interrogeant sur nos limites. Il nous convie à modifier notre rapport à la vie, en ayant redéfini notre essentiel, privilégiant davantage l’être à l’avoir, développant de la sorte une meilleure qualité de vie. De leur côté, les entreprises doivent prévenir les situations qui peuvent mener au burn out. Elles peuvent, à cet effet, impliquer le conseiller en prévention aspects psychosociaux dans le dépistage des risques collectifs et la mise en place de mesures de prévention. Dans la mesure du possible, elles veilleront également à suivre les recommandations du médecin du travail pour la remise au travail du travailleur concerné et pour que le burn out ne s’étende pas à d’autres travailleurs.

 Références bibliographiques 

 (1) S. Billy, P. Brasseur et J.-Ph. Cordier, La prévention des risques psychosociaux au travail depuis la réforme de 2014 : aspects juridiques et pratiques, Kluwer, 2016

(2) M. Delbroeck avec les contributions de P. Venara, Fr. Goulet et R. Ladouceur, Comment traiter le burn out ?, De Boeck 2011

(3) L. Oddoux, article « Prévenir au dépasser le burn out avec le coaching : Comment réussir sans se brûler les ailes », Trajectives

(4) Maslach Burn out Inventory, instrument de mesure validé.

(5) Fr. Baumann, « L’après burn out : comment éviter les pièges de la  rechute ? » Ed. Josette Lyon, 2015

(6) S. Bataille  «  Les chemins de la résilience professionnelle, se reconstruire après un burn out » Interéditions 2015

(7) P. Chabot « L’âge des transitions », PUF 2015

 

Paul Brasseur, juriste au Sénat depuis 2006. Il écrit régulièrement et donne de nombreuses conférences dans le domaine du bien-être au travail, en particulier pour les aspects psychosociaux du travail. Il est membre du comité de rédaction des Chroniques de droit social.

Martine Hennuy, psychologue clinicienne, psychothérapeute, sophrologue, intervenante en gestion du stress et prévention du Burn out au CFIP, consultante en orientation et élaboration du projet professionnel, spécialisée dans l’accompagnement et la formation des équipes sur les problématiques touchant à la maladie grave et au deuil.

www.cfip.be

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Publier des commentaires